CF Colère Froide

2026 · France (Paris) · Droit du climat

Un tribunal somme Total de compter toutes ses émissions

Première victoire : le tribunal reconnaît que le devoir de vigilance doit couvrir les émissions des clients. Deuxième partie : il refuse d'imposer une trajectoire de réduction. Total présente ça comme une victoire. C'est une erreur de communication.

Semi-condamnation — tribunal sans pouvoir

Le jugement : oui, mais pas vraiment

Le tribunal a tranché deux choses opposées :

✓ Victoire climatique (théorique)
Pour la première fois en France, un tribunal juge que le devoir de vigilance d'une major pétrolière doit couvrir l'essentiel de son empreinte carbone — pas seulement ses propres émissions, mais celles de ses clients quand ils brûlent ses produits. C'est 75-80% des émissions de Total. Le tribunal dit : "Vous ne pouvez pas ignorer ce chiffre."

✗ Pas de trajectoire imposée
Mais le même tribunal refuse de fixer une trajectoire de réduction chiffrée. Il dit : "Ce n'est pas de notre compétence. Comptez les émissions, oui. Réduisez-les ? Ça regarde le gouvernement, pas le juge."

Comment Total a transformé ça en victoire

La réaction officielle de Total est à peu près : "Nous saluons cette décision qui confirme que notre plan de vigilance est robuste. Le tribunal nous reconnaît des efforts sincères. Il n'impose aucune obligation supplémentaire."

Traduction honnête : "Le tribunal nous dit de compter nos émissions, mais sans obligation de les réduire. Donc techniquement on a gagné."

C'est lunaire, parce que :

Ce qu'il s'est vraiment passé

Le tribunal a fait deux choses :

  1. Juridiquement révolutionnaire : inclure les émissions clients dans le devoir de vigilance. Aucun précédent
  2. Politiquement neutre : refuser de dire comment réduire. "C'est un choix de société, pas un choix judiciaire"

Total interprète (2) en victoire et oublie (1). C'est un calcul public maladroit : invoquer l'absence d'obligation pour célébrer, c'est avouer qu'on ne ferait rien autrement.

Qu'est-ce qui manque maintenant

La vraie bataille est en appel. Le tribunal a reconnu le devoir, mais il a refusé d'en fixer le prix. L'appel devrait demander : "Si on compte les émissions clients, comment les réduit-on légalement ?"

Total aura du mal à défendre "oui on compte, non on ne réduit pas" quand l'Accord de Paris existe.

Sources

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